La Roue    The Wheel  

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   Les gitans de la Roue sont une des organisations de l’humanité parmi les plus anciennes. Originaires de l’Inde à une époque lointaine où nul ne connaissait le terme savant d’éthéromancie, avant même l’apparition des castes qui figeront la société hindoue, les membres de la Roue furent chassés pour leur pratique d’une bien étrange magie. Dans leurs traditions, les gitans conservent la douleur de l’exil, mais aussi la fierté d’être libres. Proches des forces de la nature, ils ont vu au cours de leurs pérégrinations l’humanité étendre ses villes, dompter des puissances qui pourraient un jour se retourner contre elle.
   Les ancêtres qui durent fuir le berceau originel, se scindèrent en deux branches, lors d’une querelle connue sous le nom de Séparation. Une branche erra jusqu’en Egypte, où elle s’établit, l’autre choisit les climats de l’Europe, où elle ne put jamais s’installer vraiment.
   La branche égyptienne apporta son savoir empirique de l’éther aux peuples locaux, et tous les membres de la Roue le regrettent amèrement aujourd’hui. De ce savoir est née la science la plus maléfique de l’Egypte pharaonique, l’obsession de l’immortalité, le refus de la mort. Le Culte tire ses origines propres, si l’on puit dire, de cette sorcellerie antique. 
   L’importance qu’a prise cette confrérie dans l’Empire britannique a déclenché un vaste mouvement des gitans européens vers Londres : les outrages répétés à l’ordre naturel par les nécromanciens doivent être arrêtés, sans autre forme de procès. C’est une guerre ouverte qu’a déclaré la Roue aux nécromants. La libération du Pharaon noir et sa venue en Angleterre loin des charmes qui le maintenaient emprisonné est une véritable catastrophe. Les anciens craignent que le pire reste à venir. Si les Anglais n’en ont pas conscience, il est inutile de compter sur les gitans pour les avertir. Les gadjé restent des gadjé. La Roue fera son devoir, seule et libre. Certains envisagent néanmoins la possibilité de chercher des alliés, mais ils restent minoritaires.
   Quant aux rapports avec la bonne société britannique, ils ne peuvent qu’être distants, au mieux, comme tout rapport entre une élite et des marginaux. Inversement, les marginaux sont plus proches socialement des gitans, mais leur passivité ou leur corruption les écœurent bien souvent. Un membre de la Roue ne reniera jamais ses origines et défie quiconque de venir lui interdire de respirer l’air pur. Les mutants ne sont pour la Roue que des déchets d’une société corrompue, il n’est pas question d’en avoir pitié. Les gitans comprennent mieux les aspects de la Féerie que la plupart des gens, et savent surtout se garder de ses effets néfastes ; ils rient sous cape de l’engouement britannique pour les fées.
   Par son âge vénérable, ses multiples contacts dans le monde, sa capacité à manipuler l’éther bien avant tout le monde, la Roue se croit la mieux informée, souvent à raison. Il y a longtemps que ses membres ont quitté les rives de l’Indus, et personne n’a jamais pu les empêcher d’aller là où ils le voulaient.