Ils sont venus lors de la nuit la plus sombre que l’on ait relevée de mémoire d’astronome. Personne ne les attendait, même Nostradamus n’avait rien prévu de tel. Pourtant, ils sont désormais sur Terre. Comment ont-ils faits pour traverser cet espace que les hommes appréhendent tout juste ? Voilà une question à laquelle eux seuls sont capables de répondre.
Mais leur atterrissage à proximité du célèbre site de Stonehenge a rudement ébranlé la pax britannica. Les savants comme les militaires cherchent à comprendre les raisons de cette arrivée soudaine et le Régent les presse instamment pour lui fournir une réponse logique. Mais l’ignorance est la règle, personne ne peut expliquer la venue de ces êtres : l’Angleterre est-elle victime d’une invasion ?
Le vaisseau des voyageurs d’un autre monde ressemblait à une espèce d’immense bourgeon, ou de cosse géante. Cette structure inconnue n’a pas résisté à l’impact. L’armée a investi aussitôt la région et après quarante jours d’observation, des éclaireurs furent envoyés évaluer la menace. Ils découvrirent les passagers de ce véhicule atypique et se trouvèrent bien en peine de les décrire, mais ils ne paraissaient pas dangereux. Des scientifiques trépignant d’impatience furent autorisés à se porter à la rencontre des étrangers. Ils étaient accompagnés de pasteurs, chargés de déterminer si le phénomène céleste était d’origine divine.
Les choses ne correspondant à aucun canon théologique, et certainement pas à des anges, on se résolut à les consigner comme extra-terrestres. L’émotion passée, il fallut prendre des mesures plus constructives. Il n’était pas question de laisser ces « envahisseurs » dans la campagne anglaise. Les premières constatations conclurent à la grande faiblesse des créatures, supportant mal la gravité terrestre de Sir Isaac Newton. Si cela rassura l’état-major, certains émirent l’hypothèse qu’il s’agissait peut-être d’une ruse. Il fut décidé de transporter les visiteurs dans un lieu aménagé exprès pour eux, où on pourrait à la fois les étudier et les tenir sous bonne garde. Le gouvernement, devant l’ampleur du problème, organisa un concours international pour trouver le génie capable d’élaborer la prison adéquate.
Ce fut le projet d’un ingénieur français, Gustave Eiffel, qui retint les faveurs d’un jury composé d’éminents savants tenus au secret militaire. L’astucieux entrepreneur élabora des machines multipodes qui transportèrent à la force de la vapeur leur précieuse cargaison jusqu’à Hyde Park. Une serre magnifique, surnommée l’Ambassade, fut construite en un temps record dans ce parc qui avait abrité la grande exposition universelle de 1851.
Devant la passivité totale des extra-terrestres, et l’échec de toute tentative de communication, le Régent a donné l’autorisation de se livrer à des expériences « dans le respect moral de la vie ». L’indifférence des cobayes face à l’inventivité des laborantins laisse Londres dans une intense perplexité. Quel péril menace l’Empire britannique ?