Toute société génère des marginaux, les Freaks du Cloaque en sont l’exemple même. L’Empire britannique repose sur les bases d’une monarchie, seule la naissance détermine votre rang et votre vie dépendra de ce que vous êtes né puissant ou misérable. Mendiants, criminels, filles de peu et autres gueux ont toujours peuplé les rues de Londres le soir venant.
Le développement industriel de la ville a accru les inégalités sociales, bouleversant les habitudes et traditions séculaires, jetant des milliers d’individus dans la détresse la plus extrême. La pollution des usines, les expériences des savants, les manipulations de l’Éther par les nécromanciens, tout a fini par affecter le bas peuple de Londres dans sa chair elle-même.
Dès 1842 les premiers mutants sont attestés dans les registres paroissiaux de la ville. Les plus pauvres étant les seuls concernés, aucune mesure ne sera prise en dépit des cris d’alarme de quelques sociétés philanthropiques. Petit à petit le nombre de « monstres » va s’accroître jusqu’à ce que les familles, honteuses, ne puissent plus les cacher. Les premiers temps, ces Freaks font sensation dans les cirques ambulants mais l’année 1873 met un terme à cette unique forme de reconnaissance sociale.
Lors de la nuit des monstres, tous les membres du Big Barnum Bazar sont lynchés par une foule haineuse, ne supportant plus la vue de ceux polluant son quotidien, prophètes involontaires d’un avenir sordide. Il est communément admis que le Cloaque s’organisa deux ans après ce massacre, après deux années de peur et de traque sans pitié. Rejetés de la surface, les mutants vont créer une nouvelle cour des miracles dans les sous-sols de la métropole. Une société violente, pleine de fiel et de rancœur, qui empêche ses membres de s’entre-tuer simplement parce qu’ils n’ont pas d’autres choix que de s’entraider pour survivre. Descendre dans les bas fonds de Londres est déjà risqué, s’enfoncer sous ses pavés, c’est toute une aventure, pour le corps comme pour l’âme.
Le Cloaque est devenu une faction avec laquelle il faut compter. Les Freaks n’ont pas d’envie plus forte que celle d’être reconnus pour ce qu’ils sont. Ils ont passé trop de temps à faire pitié, maintenant ils sont résolus à faire peur. Ils vomissent les membres du Club, avec ces gentlemen bien pensants et ces ladies au teint parfait. Les contacts avec la Féerie sont ambigus. Les êtres fées sont d’aspect parfois horrible mais ils admettent leur nature et savent être cruels avec les mutants. Les membres du Cloaque veulent se venger d’un monde qui les a crées avant de les excommunier.
La graine de la vengeance croît au cœur du Cloaque, et elle a récemment explosé en un bourgeon de poudre et d’acier, qui faillit coûter la vie à la Reine Victoria en personne. Quand on n’a plus rien à perdre, on ose tout. Peu de Freaks prêchent la fraternité avec ceux du dessus, et l’attentat n’est pas prêt d’améliorer la situation. Qu’importe, les ateliers du Cloaque produisent chaque nuit plus de bombes.